lundi, octobre 08, 2007

Hajime no Pat

J’avais couru toute la semaine, travaillé mon endurance, fait des miliers de pompes. J’avais répété milles fois les mêmes gestes jusqu'à ce que mon corps les fasse sans que mon esprit ne commande, jusqu'à qu’il deviennent des réflexes. La même flexion des jambes, les pieds ancrés au sol, la même rotation de la cheville, du bassin et le bras gauche remontant avec puissance vers le sommet. Rester souple, les poings fermés au moment de l’impact, le cou tendu, la tête baissée, le regard haut. Maîtriser les distances, être maître du mètre, rapide et immobile tour a tour, tourner autour d’un axe invisible, gérer le rythme. J’avais frappé les mitaines jusqu'à ne plus sentir mes bras, jusqu'à rêver de frapper le soir en m’endormant, et sans doute en somnambule frapper dans mon sommeil. J’avais fait du Shadow, casque sur les oreilles m’imaginant les pires adversaires, j’avais perdu, j’avais gagné face à l’intangible armada mais chaque fois je savais pourquoi et chaque fois je progressais. J’avais jeuné, rendu mon palais hydrophobe, incrusté la frugalité dans mon encéphale, assaini mon corps. J’avais visionné des dizaines de combats, pris des notes sur les feintes, sur les points forts, sur les points faibles, j’avais épuré mon style de tout stéréotype. Je m’étais mis une maxime sur le miroir pour guider mon autohypnose « Victoire = Préparation + Confiance », je méditais tout les soirs, je priais tout les matins, restait humble, restait calme dans les moment de crise.
Et mon corps forgé, mon esprit préparé, ma tactique élaboré je me pensait invincible. Je me sentais plus rapide, plus fort. Je sentais mes jambes plantées au sol par une force inamovible, et pourtant j’étais si léger, je sentais mon dos si imposant qu’un seul mouvement de mes épaules pouvait créer une rafale de vent à la pointe de mes gants. Oui, je me pensais prêt.
D’abords, il y eut la solitude du vestiaire parmi la multitude autour, les mots qu’ils dirent ne parvinrent pas jusqu'à mes oreilles, j’étais déjà sur le ring. Je bougeais la tête, les reins, les bras, j’étais déjà sur le ring. Ensuite, il y eut le couloir, sombre et sale, les premiers encouragements, la salle et la lumière au milieu. Au milieu, le terrain de ma destinée, j’étais enfin sur le ring. Un type vint vers moi, il bougea les lèvres mais j’étais déjà en garde, et ces mots ne me touchèrent pas. Un autre toucha mes gants, sans doute le regard haineux mais fixant ses pupilles je ne voyais que l’horizon. Ensuite, il y eut des mots, des cris, un son de cloche et le silence.

Je lançais le premier jab avec une paire de 4, puis un second qui toucha l’avant bras de mon adversaire sur la river quand nos As se départagèrent au kicker. J’évitais son flicker en reculant d’un pas sur un flop raté, puis un second, puis un troisième. Il enchaînait, je manquais de rythme. Je tentais un crochet au foie mais j’étais trop près, je ne pris que les blinds, ma paire de dames ne servit à rien. Je remontais ma garde, puis me mit a faire des petits pas latéraux pour créer un faux rythme, il tenta un uppercut de trois-quarts mais rata son mouvement au turn, un bluff trop mou, je contrais, le coup toucha au menton, il tituba puis remonta les bras au niveau de son nez, pas assez fort, non, pas assez fort. Le gong retenti.
Le second round débuta, il se lança à l’assaut, toujours des flickers, relances agressives preflop puis Smash au turn, j’avais repéré son manège. Je me tenais prêt en Peek-a-boo, guettant l’ouverture, un mouvement trop ample, un Smash trop ambitieux. Je reçu As-Roi de BB, c’était le moment, il relança, je pris le coup dans les gants et me plaçait à distance. Le flop survint K-Q-Q, pas l’idéal mais je sentais que c’était le moment, je fis une feinte, il attaqua et je répliquais en Gazelle punch par un check-raise, il fut projeté dans les cordes par l’impact. Je le tenais, un crochet du gauche immédiat au turn sur la pommette, il s’écroula. L’arbitre comptait, il me fixa l’air vague et se remit sur ses jambes tremblantes. A peine debout, je me jetais sur sa carcasse, direct du droit preflop sur son call utg, il se colla à moi pour récupérer. Fin du round, je gagnais au poing mais je le savais tenace, rien n’était fait. Je fonçais sur lui dès la reprise pour ne pas le laisser se revigorer. Il évita le premier coup. Il me poussa de l’épaule dans le coin en attaquant sur le flop en blocking bet, je suivi en flat call. Au turn, il lança un direct du droit sans conviction pour tâter le terrain, je fit mine d’avoir peur et me collais à lui, un petit coup dans l’aine, il baissa le coude, il n’aimait pas ce call. On était trop près pour se frapper, il checka la river et je fit de même. L’arbitre nous départagea, il y avait flush au board. Je me remis à tourner autour de lui, il semblait restauré, l’œil neuf. Je lançais quelques jabs pour voir, il ne répliquait pas, il attendait le contre. Je ne lui donnerais pas l’occasion, j’avais déjà vu son Jolt à l’œuvre, je tenais mes distances. Un round pour rien.
Le combat s’enlisait, nos volontés ne voulant lâcher prise, trop d’investissement, trop de sacrifices. Nos deux corps étaient à leur limites physiques, j’était brûlant, mes genoux tremblotaient tandis que lui, il suait à grosses gouttes et respirait difficilement, l’issue était proche. On annonçait le début du round. Je jetais un regard vers la plèbe, et levais le bras en signe de victoire, il leva les deux, le public nous applaudit. On se toucha les gants, nous savions que ce round serait le dernier, il fallait tout donner. Il débuta en Flicker jab, un classique. Je tournais autour, comme d’habitude, mais sans doute cette fois je fus plus lent, il me toucha l’oreille. Je ne sais pas pourquoi mais ce simple effeuillage me fit une douleur atroce, j’avais juste raté mon flop avec mon J9 mais je m’entêtait a suivre sa relance en steal pour tenter un re-steal sur le turn. Un jack tomba sur le tapis, je checkais pour le contrer mais il fit de même. Un cauchemar, cela sentait le tirage, je le voyait déjà armer son coup, le corps recroquevillé, le bras droit collé au pectoral. Je vis le coup partir avant même que la river ne tombe, fichu neuf de pique. Je lançais, il répliqua en Cork Screw, All-in…je fut projeté au sol touché au plexus, je n’arrivais plus a reprendre mon souffle, j’étais conscient mais mes bras ne m’écoutaient plus, cela sembla durer une éternité, je levais la tête et vis le dealer compter une minute, 9 8 7 6, je tapais mes cuisses pour les réanimer 5 4 3 je me levais par rage, je fixais ses mains et je callais. Il abattit ses cartes, tel un uppercut au menton, ma tête partit en arrière, je vis les lumières du ring, elles m’aveuglèrent, je fermais les yeux pour me protéger de leur éclat, ma tête heurta le sol, mes yeux restèrent fermés. Je me revoyais me lever et combattre à nouveau, mais mes yeux étaient fermés, les lumières étaient éteintes, il n’y avait plus personne. Juste un rêve de victoire, comme un fantôme perdu cherchant sa route vers le purgatoire.

Le lendemain, je me levais, et m’enquérais de ce qui c’était passé, je ne me souvenais de rien, on me raconta la quinte runner-runner, on me raconta le coup chanceux qui clôtura ce combat que je gagnais au points. J’avais la sensation que tout cela n’était pas vraiment arrivé, seul un mal de crâne sans précédent semblait dire le contraire, et ces bleus sur les avant bras comme à chaque fin de combat. Je pris un croissant et le remplissais frénétiquement de Nutella, un verre de jus puis je mis mon survêtement et me mis à faire du Shadow boxing comme si rien ne c'était passé. Ce n’était qu’une simple défaite, mon entraînement n’était donc pas fini... Non, tout ne fait que commencer

6 Comments:

At 23:07, Anonymous Anonyme said...

T'es un ouf...mais t'es vraiment genial

 
At 23:21, Blogger Frédéric "LCF" Dupont said...

bon bref t'as pas chatté quoi !

 
At 05:58, Anonymous rod109 said...

belle écriture, belle métaphore :)

la même avec la pétanque ?

 
At 15:53, Anonymous Anonyme said...

soigne ton crochet droit, c est ta force

le poulet, au riz thai

 
At 14:49, Anonymous Antoine said...

Bon ok pour la métaphore, mais à la fin tu as chatté ou pas ???

 
At 15:16, Blogger dioscure said...

Nan...KO j'te dit

 

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